Villa Marlene Un projet de Francesco Vezzoli

29.04.2016 - 11.09.2016 / Villa Sauber

Villa Marlene est un projet conçu par Francesco Vezzoli qui retrace son travail consacré à la mythique Marlene Dietrich sur plus de quinze ans. Entre nouvelles productions réalisées spécialement pour l’exposition et œuvres présentes dans de grandes collections particulières, Villa Marlene propose un parcours fictionnel dans une demeure qui aurait pu accueillir l’actrice, décorée de portraits à son effigie réalisés par les plus importants artistes de son époque.

L’artiste crée ici une mise en scène fantasmée de la vie de la diva et en avertit le spectateur dès son arrivée :

Tout ce que vous verrez dans cette exposition n’est que pure fiction.

Francesco Vezzoli

Afin d’immerger les visiteurs dans cette fiction, Vezzoli prend possession de l’intérieur de la Villa Sauber, une des dernières villas Belle Époque de Monaco, en lui rendant sa valeur d’usage et ses prétendus décors d’origine. Toutes les pièces de la maison ainsi ré-agencées se voient ornées de tableaux, affiches, films et sculptures à l’effigie de l’actrice, affirmant son statut d’icône glamour.

Marlene Dietrich aurait était amatrice de Giacometti. Vezzoli a ainsi imaginé que l’actrice, dans un soudain excès de narcissisme, aurait décidé de commander aux plus grands artistes de son temps des œuvres dont elle serait l’unique modèle. Réalisés par des copistes les portraits dans les styles de Modigliani, Matisse, De Chirico, Magritte ou encore De Lempicka se succèdent ainsi dans les différentes pièces de la demeure.

Je prends possession de cette villa afin de la transformer en un musée de reliques commémoratives, évidemment tout est faux, mais c’est comme si tout était vrai. Je veux jouer sur cette idée de glissement comme auraient pu le faire les situationnistes.

Francesco Vezzoli

Des célèbres broderies de chefs-d’œuvre abstraits ou de portraits de divas, jusqu’aux interventions sur les statues anciennes, Vezzoli a toujours tressé un dialogue fort et irrévérencieux avec l’histoire de l’art, le cinéma, les médias et le pouvoir. De cette manière, son travail puise dans la culture populaire contemporaine et imite étroitement les formats de différents médias tels que la publicité ou le film. Il fait part de ses préoccupations actuelles que sont l’ambiguïté profonde de la notion de vérité, le pouvoir de séduction du langage, et l’instabilité de l’être humain.

Bien qu’il emploie un éventail varié de médiums, la broderie est restée une sorte de pratique «signature» depuis le début de sa carrière. Au départ utilisée pour imiter les célébrités qui pratiquent le point de croix à l’écran ou derrière l’écran, elle est devenue avec le temps une activité plus profonde, contemplative qui se réfère à un monde d’émotions, de crises, d’obsessions et de dépressions liées historiquement à sa carrière.

Ses affinités évidentes pour les actrices glamour ne relèvent pas tant d’un intérêt particulier pour chacune d’entre elles, ni même pour leur vie intime, mais pour l’image que les médias ont créé d’elles. C’est en effet cet aspect narratif, cette réalité tirée des magazines people ou des journaux à scandales qui captivent l’artiste.

La vidéo Marlene Redux (2006) pourrait être le manifeste de l’exposition. Ce court métrage s’inspire à la fois du documentaire sur l’actrice réalisé par Maximilian Schell et de la célèbre série TV américaine « A true Hollywood story ». Entre fausses interviews et extraits de films inexistants, on découvre, de manière ironique et romancée, la vie de Francesco Vezzoli, jeune artiste cherchant à s’affirmer à Hollywood dans un « mocumentaire » dans lequel il imagine un lien hypothétique entre Marlene Dietrich et Anni Albers qui sont d’après lui, les deux femmes les plus engagées et combattives de cette époque.

Là encore, il convoque un certains nombres de références; de l’épigraphe où il cite Tristan Tzara, en passant par Bruce Nauman, Caligula, Maximilian Schell jusqu’à la télé-réalité.

Francesco Vezzoli est né à Brescia en 1971, il vit et travaille à Milan. Il a étudié à la Central St. Martin’s School of Art de Londres (1992-1995). Son travail a été l’objet de nombreuses expositions personnelles dans des institutions publiques et privées telles que : The New Museum of Contemporary Art, New York ; il Castello di Rivoli, Turin (2002) ; la Fondazione Prada, Milan (2004 and 2005) ; le Museu Serralves, Porto (2005) ; le Consortium, Dijon (2006); la Tate Modern, Londres (2006) ; le Jeu de Paume, Paris (2009); la Kunsthalle Vienne (2009) ; le Garage Center for Contemporary Culture, Moscou (2010); le MAXXI, Rome (2013) ; le MoCA, Los Angeles (2014) ; le MoMA PS1, New York (2014) ; le Museo Museion, Bolzano (2016). Il a également participé à de nombreuses Biennales dont celles d’Istanbul (1999), de Venise (2001, 2005 e 2007), de Liverpool (2002), de Sao Paulo (2004), de Prague (2005).


Commissaire de l’exposition : Cristiano Raimondi